Performance et rentabilité de l’entreprise : oubliez le chiffre d’affaires et le résultat, pensez EBITDA

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Lorsque l’on prend connaissance des résultats d’une entreprise, le chiffre d’affaires est généralement le premier indicateur que l’on regarde. Mais c’est parfois, à tort, celui que l’on considère comme le plus important. Témoin de la dynamique d’activité de l’entreprise, l’appréciation de l’évolution du chiffre d’affaires est important, mais la vigilance s’impose. Il serait très hasardeux de se limiter à une interprétation basique, qui consisterait à interpréter une baisse comme un mauvais signe, et une hausse comme un bon signe. Et il en est de même pour le résultat net, car la performance et la rentabilité se trouvent ailleurs.

Démystifier le chiffre d’affaires : ne pas confondre variation et volatilité

Un chiffre d’affaires en baisse n’est pas forcément une mauvaise chose, de la même façon qu’un chiffre d’affaires en hausse n’est pas nécessairement une bonne chose. Pourquoi ?

Une baisse de chiffre d’affaires peut être consécutive à :

  • une baisse généralisée de la demande : les clients ont globalement moins consommé ;
  • un recul de la part de marché : les clients se sont tournés vers d’autres fournisseurs ou des produits de substitution.

Il s’agit ici de changements de modes de consommation, de perte d’influence, sur lesquels l’entreprise se doit d’être vigilante, afin d’en comprendre les causes et procéder aux ajustements nécessaires. Mais la baisse d’activité peut également faire suite à :

  • des facteurs plus conjoncturels : décalage d’une commande ou retard sur un chantier dont le chiffre d’affaire non facturé sera reporté sur l’exercice suivant ;
  • voire à une décision de l’entreprise : abandon d’un produit ou volonté de ne plus travailler avec certains clients qui n’étaient plus rentables, ou encore cession d’une filiale en cours d’année dans le cas d’un groupe.

A l’inverse, un chiffre d’affaires en progression peut être la conséquence :

  • d’un « effet volume » : l’entreprise a gagné des parts de marché ;
  • d’un « effet prix » : suite à une hausse de ces derniers ;
  • d’un « effet périmètre » : si l’entreprise a procédé à une opération de croissance externe et a pris le contrôle d’une autre structure.

Par conséquent, quelle que soit la variation de l’activité, il sera nécessaire dans un premier temps de bien la comprendre. Tout l’enjeu sera ensuite d’évaluer dans quelle mesure cette variation a un impact sur la pérennité et la rentabilité de l’entreprise :

  • Car un chiffre d’affaires en baisse n’est pas alarmant s’il est lié à des facteurs conjoncturels et/ou si les charges ont été pilotées en conséquence, permettant un maintien (voire un renforcement) de la rentabilité.
  • Et un chiffre d’affaires en hausse n’est pas forcément un bon signe, si l’augmentation de l’activité s’est fait au détriment de la rentabilité, ou que les besoins d’exploitation ont augmenté plus rapidement, pouvant conduire à des tensions de trésorerie. Il n’est pas rare de voir des entreprises refuser des commandes pour maîtriser leur chiffre d’affaires, afin de préserver leurs marges, maîtriser leurs délais clients et leurs stocks, pour in fine conserver leur rentabilité et ne pas détériorer leur situation de trésorerie.

Néanmoins, une forte volatilité du chiffre d’affaires d’une année sur l’autre mérite d’être approfondie. Même si le chiffre d’affaires ne fait pas tout, sa régularité dans le temps constitue tout de même un gage de pérennité.

EBITDA ou EBE : le minimum syndical de l’analyse financière

Sans doute l’un des indicateurs les plus structurants, l’EBITDA ou EBE permet de mettre en avant les ressources qui ont été dégagées par l’activité propre de l’entreprise.

Il se calcule en réintégrant au résultat net le résultat financier, le résultat exceptionnel, les dotations aux amortissements et provisions, et en annulant les reprises sur amortissements et provisions.

On réintègre aussi parfois les charges de crédit bail. Pourquoi ? L’idée est de déterminer quelles sont les ressources qui ont été véritablement dégagées par l’activité de l’entreprise, indépendamment de sa politique financière et des éléments exceptionnels.

Cela permet d’avoir une vision plus précise de la rentabilité dégagée par l’outil de production, plus pertinente que le résultat net, qui peut se retrouver impacté par des événements dont la régularité dans le temps n’est pas assurée.

Prenons un exemple :
Deux sociétés, A et B, dégagent chacune un chiffre d’affaires de 1.000 K€ et un résultat net de 100 K€. En se limitant à ces données, on pourrait imaginer qu’elles sont toutes les deux « aussi rentables ». Toutefois :
– la société A dégage un EBE de 110 K€ et un résultat exceptionnel de -10 K€ suite à un litige ;
– la société B dégage un EBE de -50 K€ et un résultat exceptionnel de 150 K€ suite à la cession d’un actif.
On constate donc que la société A dégage une rentabilité plus importante que la société B. En effet, la société B a été portée par un élément exceptionnel qui ne se reproduira peut être pas, alors que la société A dégage une performance opérationnelle dont la probabilité d’être maintenue de façon régulière dans le temps est supérieure.

L’EBITDA constitue ainsi un indicateur précieux pour apprécier la performance des entreprises, car c’est le reflet de la performance opérationnelle de cette dernière. C’est notamment une des raisons pour laquelle une des méthodes d’évaluation de la valeur des entreprises se base sur un multiple de l’EBITDA (variable entre 3 et 5, et pouvant aller au-delà selon les secteurs d’activités).

Le résultat exceptionnel : bonus ou malus de l’entreprise sur un exercice

Sont comptabilisés dans les produits et charges exceptionnelles tout ce qui est de nature… exceptionnelle.

Plus exactement, on retrouve ici les éléments qui n’ont pas de lien direct avec l’activité et qui ont un caractère aléatoire, comme un sinistre, un litige (gagné ou perdu), une cession d’actif, etc.

Toutefois, la constatation d’un événement dans la partie exceptionnelle relève aussi d’un choix de l’entreprise et de son dirigeant, qui détermine, selon sa fréquence et sa proximité avec son cœur de métier, si cela doit être remonté ailleurs dans le compte de résultat.

Il reste néanmoins plus prudent de considérer ces éléments exceptionnels comme aléatoires. L’entreprise doit avant tout pouvoir être en mesure de dégager sa rentabilité sur son exploitation propre, et ne pas dépendre de facteurs exceptionnels, dont on n’a pas de certitude qu’ils se reproduiront sur les exercices suivants et dans quelles proportions.

Le résultat courant avant impôt (RCAI) et le résultat net : des indicateurs plus fiscaux qu’économiques

Indicateur incontournable, le résultat est toutefois à appréhender avec prudence, surtout dans une perspective d’étude de rentabilité. Car celui-ci intègre plusieurs éléments non négligeables qui sont de nature à le diminuer ou à l’augmenter très fortement (politique d’amortissement, politique financière, événements exceptionnels). En effet, si sur une même année la société a perçu des dividendes d’une de ses filiales et qu’elle a cédé un bâtiment, seul l’EBITDA permettra de faire la part des choses sur sa rentabilité « intrinsèque », celle de son cœur de métier…

De la même manière, la prise en compte des amortissements, provisions, et autres transferts de charges ont une vocation plus fiscale qu’économique, la finalité de la liasse fiscale restant de déterminer la base d’imposition sur laquelle sera prélevé l’IS.

Les cash flows, la clef de voûte de l’analyse financière

Malheureusement, l’EBITDA ne nous dit pas tout. Certes, il permet de se rendre compte si l’entreprise a su calibrer ses charges pour dégager de la rentabilité, toutefois il n’indique pas quelle a été la capacité de l’entreprise à dégager du « cash », indispensable pour honorer ses engagements au jour le jour. Pour compléter l’analyse de la performance d’une entreprise, l’étude des cash flows (ou flux de trésorerie) apporte des éclairages essentiels.

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