La politique monétaire de la BCE, comment ça marche ?

Banque Centrale Européene

Institutions incontournables, les banques centrales jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de nos économies. En Europe, c’est la Banque Centrale Européenne (BCE) qui assure la définition de la politique monétaire pour les différents états membres de la zone euro. Mais concrètement, quelles sont ses missions et ses moyens d’actions ?

Politique budgétaire, politique monétaire : de quoi s’agit-il ?

Les pouvoirs publics disposent de différents outils afin d’agir sur l’activité économique. Lorsque celle-ci se contracte, ces derniers mettent en œuvre des politiques dites de relance qui ont vocation à stimuler l’activité et la croissance. Lorsque la conjoncture est bonne, les pouvoirs publics peuvent alors adopter une attitude plus restrictive, dans la perspective d’éviter une surchauffe. Les politiques économiques mises en œuvre, dites « conjoncturelles », consistent à articuler les politiques budgétaires et les politiques monétaires.

Dans le cas des politiques budgétaires, c’est en agissant sur les niveaux d’imposition et les dépenses publiques que les États vont dynamiser ou tempérer l’économie. Les politiques monétaires vont quant à elles agir sur l’activité économique à travers l’offre de monnaie.

En Europe, la politique budgétaire est du ressort des gouvernements des États membres, alors que la politique monétaire est du ressort de la Banque Centrale Européenne (BCE). Le principe d’indépendance de la BCE insiste sur le fait que ses membres ne peuvent pas solliciter ou recevoir d’instructions de la part des gouvernements des États membres ou des organes de l’Union.

Depuis la création de l’euro, la définition de la politique monétaire ne fait plus partie des prérogatives des banques centrales nationales. Pour autant, elles participent activement à leur définition :

  • Chaque gouverneur de banque centrale nationale siège au conseil des gouverneurs de la BCE, qui a la responsabilité de prendre les décisions de politique monétaire.
  • Les banques centrales participent également à la préparation et à la mise en œuvre des politiques monétaires (via la réalisation d’enquêtes de conjoncture, de projections macroéconomiques, etc.)

La stabilité des prix : mission principale de la BCE

La BCE est donc responsable de la définition de la politique monétaire de la zone euro. Sa mission principale : le maintien de la stabilité des prix dans la zone euro. Plus concrètement, l’objectif de la BCE est de contenir le niveau d’inflation (indicateur mesurant la hausse généralisée des prix) à un niveau inférieur (mais proche) de 2 %.

Au-delà de cet objectif central, la BCE (et plus largement, le « SEBC », Système Européen de Banques Centrales) assure des missions complémentaires. On peut ainsi ajouter les attributions suivantes :

  • l’émission des billets de banque ;
  • la gestion des réserves de change et la conduite d’opérations de change ;
  • le contrôle prudentiel des établissements bancaires établis en zone euro.

Enfin, comme le précise le traité relatif au fonctionnement de l’UE :

« Le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union »

Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 127

En effet, même si la croissance n’est pas l’objectif numéro un de la BCE, cette dernière y est sensible, et une activité économique trop faible est de nature à l’inciter à agir.

La création monétaire comme levier d’action

Récapitulons. Les pouvoirs publics sont vigilants quant aux évolutions des cycles économiques et mettent en œuvre différents types de politiques afin de stimuler l’économie ou de la tempérer. Parmi ces initiatives, les politiques monétaires, qui sont définies en Europe par la BCE. Son objectif principal : maîtriser l’inflation.

Mais où est le rapport entre la maîtrise de l’inflation et le niveau de l’activité économique ?

Comme évoqué précédemment, les politiques monétaires consistent à agir sur la masse monétaire. Celle-ci peut être augmentée par le processus de création monétaire qui, de nos jours, est principalement opéré par les banques commerciales lorsqu’elles accordent des crédits.

En effet, lorsque l’on contracte un prêt de 10 000 EUR pour acheter une voiture, la banque ne dispose pas de ces fonds, elle « créée » alors la monnaie correspondante. La masse monétaire est augmentée de 10 000 EUR (et votre garage d’une nouvelle voiture).

Dans la perspective de soutenir le niveau d’inflation, la BCE va faire en sorte de stimuler ce processus de création monétaire en incitant les banques commerciales à prêter davantage (nous verrons plus loin comment). Pourquoi ? La logique est la suivante : en s’endettant, les ménages vont plus consommer, ce qui va conduire les entreprises à augmenter leur production pour répondre à la demande. Avec l’augmentation des ventes, leur chiffre d’affaires va augmenter, ce qui va les conduire à recruter, investir pour tenir la cadence… et par conséquent revigorer l’activité économique.

Mais influer sur l’économie de cette manière n’est pas sans conséquence sur le niveau des prix. Plusieurs théories économiques se confrontent sur le sujet pour expliciter les mécanismes à l’œuvre : pour certains, c’est l’excès de demande sur l’offre qui va tirer les prix vers le haut, pour d’autres, c’est l’augmentation des coûts de production qui va générer la hausse des prix. Dans tous les cas, on constate qu’augmenter la masse monétaire conduit à affaiblir le « pouvoir d’achat » de la monnaie (plus il y en a en circulation, plus celle-ci perd de sa valeur). Cela se traduit par une hausse des prix généralisée : c’est l’inflation.

D’où la mission de la BCE, de « contenir » l’inflation à un certain niveau. Cet indicateur, fixé aujourd’hui autour de 2 %, permet de donner un point de repère :

  • lorsque l’inflation est faible, il y a matière à augmenter la masse monétaire pour stimuler l’activité économique ;
  • mais quand l’inflation s’intensifie, et que les salaires ne suivent pas, les ménages risquent de moins consommer, l’activité des entreprises va par conséquent ralentir… ce qui ne sera pas sans risque pour l’économie.

En effet, dans une hypothèse où les salariés font pression sur leurs employeurs pour que leurs salaires soient revalorisés (compte tenu de la hausse des prix), les entreprises impacteront cette hausse de leurs coûts de production… sur les prix ! Le système s’emballe, c’est la spirale inflationniste.

Pour parvenir à agir sur la masse monétaire dans la perspective de maîtriser l’inflation, la BCE va actionner plusieurs leviers afin de soutenir ou tempérer la création monétaire.

Les taux directeurs, principaux outils de la politique monétaire

Les taux directeurs permettent à la BCE d’agir sur la masse monétaire, en influençant les échanges sur le marché interbancaire.

Le marché interbancaire correspond au marché où les différentes banques s’échangent des liquidités. Lorsque l’une d’entre elles a un besoin de financement, elle fait appel aux autres banques, pour des durées allant d’un jour à un an. En Europe, les taux de référence sur ce marché sont l’EONIA (moyenne au jour le jour des taux pratiqués par les banques entre elles, pour les prêts d’une journée) et l’EURIBOR (pour les échéances allant d’un mois à un an). Par conséquent, le niveaux des taux d’intérêts sera déterminant dans la facilité que les banques auront à se financer.

La BCE n’est pas en mesure d’agir directement sur le marché interbancaire, mais peut l’influencer à travers ses taux directeurs. Au nombre de trois, il s’agit :

  • Du taux des opérations principales de refinancement : les banques se prêtent entre elles sur le marché interbancaire, mais ont également la possibilité d’emprunter directement auprès de la BCE. Le taux de refinancement concerne les prêts contractés auprès de la BCE pour une durée d’une semaine.
  • Du taux de facilité de prêt marginal : ici, la logique est la même que le taux de refinancement, sauf que ce taux concerne les prêts contractés pour une durée de 24 heures.
  • Du taux de facilité de dépôt : c’est le taux auquel sont rémunérées les réserves obligatoires de liquidités que les banques doivent laisser à la BCE.

Alors, quel est le mécanisme à l’œuvre entre les taux directeurs, le marché interbancaire et la création monétaire ?

Lorsque la BCE augmente ses taux directeurs, cela signifie qu’il sera plus coûteux pour les banques de trouver des liquidités :

  • Un taux de refinancement et de prêt marginal plus élevé augmente le coût du crédit des banques auprès de la BCE.
  • Un taux de facilité de dépôt plus rémunérateur les incitera à conserver leurs dépôts à la BCE et ne pas les prêter sur le marché interbancaire.

De la même manière qu’un industriel fera en sorte de répercuter la hausse des prix des matières premières sur son prix de vente, les banques vont répercuter la hausse de ces taux dans les taux pratiqués auprès des entreprises et des ménages. Un niveau de taux plus élevé va les dissuader de contracter des crédits. La masse monétaire diminue.

A l’inverse, si la BCE baisse ses taux directeurs, les banques auront plus de facilité à se financer. Les taux sont tirés vers le bas, ce qui incite les entreprises et les ménages à emprunter et les banques à accorder des crédits. La masse monétaire augmente.

Quantitative Easing et TLTRO, des mesures d’exception

Nous le constatons depuis plusieurs années, les taux directeurs sont au plus bas. Malgré cela, la croissance reste faible et l’inflation n’a pas atteint sa cible. Dans ce contexte, les politiques classiques de la BCE peuvent laisser place à des dispositifs d’exception, appelés « mesures non conventionnelles » qui, via d’autres mécanismes, vont stimuler la création monétaire dans la perspective de relancer l’inflation.

Les TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations)

Les TLTRO correspondent à des enveloppes de financement octroyées aux banques par la BCE.

Contrairement aux opérations classiques de refinancement auprès de la BCE qui se font avec un horizon court terme, les TLTRO représentent une source de financement avec une maturité de 4 ans.

Le coût d’emprunt pour les banques est quant à lui dépendant de son encours de prêt à l’économie réelle : plus c’est le cas, plus le taux sera intéressant… et par conséquent, plus les taux pratiqués aux clients des banques commerciales le seront.

L’assouplissement quantitatif (Quatitative Easing)

L’assouplissement quantitatif correspond à un programme de rachats d’actifs mis en œuvre par la BCE. Ici, la BCE achète massivement des obligations d’État et d’entreprises sur les marchés, ainsi que des titres adossés à des actifs.

L’augmentation de la demande de ces titres va pousser leurs prix à la hausse, et mécaniquement, leurs rendements à la baisse :

  • cela va dissuader les investisseurs (fonds de pensions, banques, etc.) d’acheter ces titres, qui vont alors se reporter sur d’autres actifs ;
  • les banques seront incitées à prêter davantage ;
  • les rendements obligataires étant tirés vers le bas, il devient alors moins coûteux pour les entreprises de lever des fonds sur les marchés des capitaux.

Autant d’éléments qui seront de nature à encourager la création monétaire, soutenir l’inflation… et la croissance.

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