Inversion de la courbe des taux et récession économique

Inversion de la courbe des taux et récession économique

Indicateur très suivi par les investisseurs, l’inversion de la courbe des taux des bons du Trésor aux États-Unis constituerait un signal avant-coureur de récession.

A quoi correspond la courbe des taux ?

Dans le cadre de leurs politiques publiques, les états lèvent de la dette sur les marchés en émettant des obligations. Pour la France, il s’agit des « OAT » (Obligation Assimilable au Trésor) et des « BTF » (Bon du Trésor à taux Fixe). Pour les États-Unis, on parle de « Treasury Bonds », « Treasury Bills » et « Treasury Notes ». Comme toutes les obligations, celles-ci sont émises avec un nominal, une échéance, et un coupon.

Les investisseurs qui y souscrivent bénéficient donc, en contrepartie de leur investissement, d’un rendement régulier, jusqu’au remboursement de l’obligation, lorsque celle-ci arrive à échéance. Bien entendu, un investisseur n’est pas obligé de conserver l’obligation jusqu’à son terme, et peut tout à fait la revendre avant celui-ci.Vous trouverez ici plus d’informations sur le fonctionnement des obligations et les modalités de variation de leur valeur.

Ce que l’on appelle la courbe des taux, c’est l’évolution, dans le temps, du rendement des obligations. Les états émettent des obligations avec différentes maturités, à plus ou moins long terme : de quelques mois à 30 ans, 50 ans, parfois bien plus (comme l’Autriche par exemple qui emprunte jusqu’à 100 ans). Chaque maturité possède donc sa « courbe » de rendement. Et selon l’engouement des investisseurs pour une obligation, ou le niveau des taux d’intérêt, le rendement d’une obligation va fluctuer, comme nous l’avons détaillé ici au sujet des obligations et des taux d’intérêts négatifs.

Qu’est-ce qu’une récession ?

Une économie est dite en « récession » lorsque l’on constate un recul de l’activité économique. En France, on considère qu’une économie est en récession lorsque le PIB (Produit Intérieur Brut) est en recul pendant deux trimestres consécutifs.

La manière d’appréhender la situation de récession n’est pas identique partout dans le monde. Aux États-Unis par exemple, la récession correspond à une baisse significative et durable de l’activité économique dans une région donnée, qui se traduit dans les grands indicateurs économiques (PIB, emploi, production, consommation).

Qu’est ce que l’inversion de la courbe des taux ?

En temps normal, les obligations à échéance 10 ans offrent un rendement supérieur aux obligations à échéance 2 ans. Pourquoi ? Parce que le risque augmente avec le temps.

Prêter de l’argent à 10 ans est toujours plus risqué que de prêter de l’argent à 2 ans, même pour un état. L’incertitude sur sa capacité à honorer sa dette est forcément plus importante, car en 10 ans, il peut se passer beaucoup de choses. De plus, l’argent immobilisé pendant une durée longue se dépréciera d’autant plus à cause de l’inflation : le rendement doit donc être plus important, afin de compenser.

On dit que la courbe des taux s’inverse lorsque l’on observe un chevauchement des rendements à 2 ans et des rendements à 10 ans. Les rendements court terme sont alors plus importants que les rendements à long terme.

Pourquoi la courbe des taux s’inverse ?

Ce phénomène se produit lorsque les investisseurs modifient de façon substantielle l’allocation de leurs actifs, en privilégiant les obligations avec une échéance à plus long terme. La forte demande des obligations à 10 ans fait grimper leur valeur, et par conséquent, baisser leur rendement… en-dessous des obligations à 2 ans.

Et ce n’est pas anodin. Si les investisseurs modifient leur stratégie d’investissement de cette manière, c’est parce qu’ils sont moins confiants à court terme sur la santé de l’économie. Diversifier ses investissements dans des obligations à 10 ans constitue ainsi une manière de « sécuriser » ses fonds, même si cela est assorti de rendements moindres… voire des rendements négatifs, comme on a pu le constater en Europe.

Inversion de la courbe des taux, un signe avant-coureur de récession ?

L’inversion de la courbe des taux des bons du Trésor est-elle un signe avant-coureur d’une récession aux États-Unis ? C’est en tout cas de cette manière que ce signal est surveillé et interprété par les investisseurs.

Toutefois, il n’existe pas de lien avéré entre la courbe des taux et la survenance d’une récession. Le rendement des obligations dépend bien entendu du sentiment des investisseurs, comme nous l’avons vu précédemment, mais pas seulement. Le rendement des obligations est également influencé par les politiques monétaires pratiquées par les banques centrales.

L’inversion de la courbe des taux ne possède pas, à ce jour, de caractère prédictif avéré, mais on constate que les 7 dernières périodes de récession aux États-Unis ont toutes été précédées… d’une inversion de la courbe des taux.

Source des données: Board of Governors of the Federal Reserve System
https://www.federalreserve.gov/datadownload/Choose.aspx?rel=H15

L’effet n’est jamais immédiat, il y a toujours plusieurs mois de décalage (entre 6 mois et 2 ans) entre l’inversion de la courbe et la survenance de la récession.

Qu’en est-il pour 2020 ?

Un peu plus de 10 ans après la crise financière de 2008, la courbe des taux s’est à nouveau inversée en août 2019, ce qui n’a pas manqué de perturber les marchés. À l’heure où sont écrites ces lignes, l’économie mondiale subit un véritable plongeon suite au confinement des populations, visant à contenir la pandémie de Covid-19. Les chiffres de l’emploi américain atteignent des niveaux jamais connus de leur histoire. L’entrée en récession prochaine des États-Unis ne fait désormais plus beaucoup de doute.

L’étude de la relation de causalité entre l’inversion de la courbe des taux observée en 2019, et la récession qui s’en suivra, est d’autant plus compliquée à décrypter compte tenu du caractère difficilement prévisible de la pandémie. Néanmoins, plusieurs signaux d’inquiétude étaient déjà au rendez-vous en 2019, comme les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, les incertitudes liées au Brexit, le ralentissement économique constaté dans plusieurs régions du monde, et la posture très accommodante des banques centrales…

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