Analyse financière : interpréter un ratio commence par la compréhension de ses facteurs de variation

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Comme nous avons eu l’occasion de l’aborder avec l’importance de replacer l’entreprise dans son secteur d’activité, le contexte du ratio est parfois aussi important que le ratio lui-même. Son niveau est une chose (il peut être lié à une spécificité sectorielle), sa dynamique en est une autre.

Derrière l’indicateur : la dynamique du marché, et la décision du dirigeant

Le niveau d’activité, de performance, et l’équilibre financier d’une entreprise vont être affectés à la fois par des facteurs « exogènes » et « endogènes ».

D’une part, le secteur d’activité ou la zone géographique sur lequel elle intervient peut être affecté par des événements stimulant son développement, ou au contraire, le contraignant. Évoquons par exemple :

  • une évolution réglementaire obligeant les acteurs à investir afin de se mettre en conformité ;
  • des politiques gouvernementales de nature à freiner ou stimuler la consommation (octroi de crédits d’impôts spécifiques, etc.) ;
  • l’apparition de nouveaux acteurs avec des business-model en rupture, etc.

Et au-delà du secteur d’activité en lui même, le secteur géographique sur lequel opère l’entreprise peut également être stimulé ou affecté par des événements extérieurs à l’entreprise : catastrophe naturelle, conflit, etc. Chaque secteur d’activité possède ses spécificités propres, mais également sa propre dynamique. On constatera toujours certains secteurs en progression, alors que d’autres sont en retrait.

La presse économique et spécialisée apportera les éclairages nécessaires pour apprécier ces éléments.

D’autre part, face aux mutations de son secteur, les dirigeants vont prendre des décisions qui vont structurer la dynamique de leur propre entreprise, en réaction aux événements, ou en anticipation de ceux-ci. Indépendamment des décisions en réponse aux facteurs exogènes, les chefs d’entreprises procèdent régulièrement à des ajustements (hausses de prix, optimisation des coûts), dans le cadre de leur propre plan stratégique.

Ici, ce sont les rapports annuels ou les dossiers de gestion des entreprises, leurs communiqués de presse, et au sens large leur communication externe, qui vous permettront de comprendre quelles décisions ont été prises et pourquoi.

Tout l’enjeu sera de déterminer, autant que possible, ce qui s’est réellement passé pendant l’exercice comptable que l’on est en train d’analyser.

Ce n’est pas parce que le chiffre d’affaires d’une entreprise baisse qu’il y a un problème. Il peut s’agir :
– soit d’une volonté du chef d’entreprise de renoncer à certains clients ou marchés, sur lesquels l’entreprise ne parvenait plus à être rentable, afin de se concentrer sur ses vrais relais de valeur ;
– soit d’un retournement de son marché : dans ce cas, il conviendra de prêter attention à la capacité de l’entreprise à maîtriser ses achats et ses charges.

Ce n’est pas parce que le chiffre d’affaires d’une entreprise augmente que tout va bien. Cela peut être lié, par exemple, à un concurrent qui a déposé le bilan et dont les marchés se répartissent entre les acteurs encore en place.
Jusque là tout va bien, mais il conviendra de se poser la question de la raison de cette défaillance, et si cela cache quelque chose de plus structurant sur le secteur d’activité de l’entreprise.

Un ratio se décortique et ne s’analyse pas seul

Tout ratio d’analyse financière est une opération visant à additionner, soustraire, voire diviser des éléments du compte de résultat et du bilan : identifier quels sont les facteurs l’ayant fait varier apporte donc un éclairage complémentaire.

Car ce n’est pas parce qu’une entreprise voit son chiffres d’affaires baisser de x % que l’ensemble des charges feront de même, et inversement. Tout dépendra des décisions prises par le dirigeant, qui pourra parfois décider, par exemple, de maintenir les effectifs s’il estime que cette baisse est conjoncturelle, ou de les réduire dans le cas contraire.

Le BFR augmente plus vite que l’activité : est-ce plutôt lié aux stocks ou aux créances clients ?
L’EBITDA diminue alors que le chiffres d’affaires a progressé : est-ce lié aux achats ? Aux charges externes ? Aux salaires ?

D’autre part, les ratios d’analyse financière doivent également être interprétés, lorsque cela s’y prête, au regard d’autres ratios et non isolément. Leur mise en perspective permet de mieux appréhender la dynamique globale de l’entreprise.

Ce n’est pas parce que le chiffre d’affaires d’une entreprise augmente qu’il faut se réjouir. Avant toute chose, il sera nécessaire de vérifier quel impact cette augmentation d’activité a eue sur la rentabilité et les cash flows de l’entreprise.

Ce n’est pas parce que les disponibilités de l’entreprise ont diminué significativement que celle-ci rencontre des problèmes de trésorerie. Il peut tout simplement s’agir d’un effet de clôture de bilan, avec un règlement client qui est arrivé quelques jours plus tard, une distribution de dividendes, une décision d’autofinancement, etc. L’analyse des cash flows permettra d’apporter plus d’explications sur cette variation.

Le résultat net chute brutalement : est-ce un sujet de rentabilité d’exploitation, ou est-ce qu’un événement exceptionnel est venu impacter la société ?

Mais certains indicateurs sont de nature à alerter

Indépendamment de tout contexte, toute fluctuation brutale d’un ratio, et par conséquent d’un poste du compte de résultat ou du bilan, est de nature à alerter : chute brutale du chiffre d’affaires, des délais fournisseurs, augmentation significative des créances douteuses, de l’endettement, etc.

Autant d’éléments qu’il sera nécessaire d’étudier plus finement, qui peuvent être révélateurs de difficultés, et mettre en péril la pérennité de l’entreprise.

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